Indigènes de la République : derrière le « féminisme islamique », le racisme et le patriarcat

Les groupes anti-avortement dans leur propagande destinée au grand public mettent en avant la question du statut du fœtus, qu’ils assimilent à un être vivant, pour justifier leur combat contre un droit essentiel pour toutes les femmes, qu’elles en fassent ou non usage dans leur vie.

Ce mensonge sur le fœtus leur permet de contrecarrer l’attachement très fort des femmes à la liberté de disposer de leur propre corps : la plupart des mouvements contre l’avortement ne veulent pas se montrer comme des ennemis de la liberté, et la présentation de l’IVG comme le meurtre d’un autre être vivant leur permet de justifier idéologiquement l’interdiction éventuelle de l’avortement. Les femmes ne sont pas des objets, « d’accord » , dira le militant d’extrême-droite « mais le fœtus non plus ».

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L’intersectionnalité : une idée à la mode ?

Monique Rouillé-Boireau

L’INTERSECTIONNALITÉ : UNE IDÉE À LA MODE ?

Réfractions N°39 Automne 2017

« Tout sujet se pose concrètement à travers des projets comme une transcendance, il n’accomplit sa liberté que par son perpétuel dépassement par d’autres liberté. »
– Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, T.1, p.34.

Depuis quelques temps, on assiste à un renouvellement des termes pour nommer, penser les dominations, en particulier « l’intersectionnalité » et la « racisation », ces nouveaux cadres d’analyse étant censés mettre à jour des dominations occultées, analyser des dispositifs de discriminations invisibilisés, enrichir les théories existantes ou les remettre en cause. L’usage de ces notions, un temps limité au féminisme universitaire ou militant, apparaît maintenant dans le débat public. Bref, ces termes se donnent comme de nouvelles conceptualisations des rapports de domination, et font parfois l’objet d’une réception (ou d’une utilisation) acritique chez nombres de chercheurs et militants.

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Fascisme noir

Paul Gilroy

FASCISME NOIR

Transition No. 81/82 (2000), pp. 70-91

(Traduit de l’anglais par Gamal Oya)

En 1938, C.L.R. James écrivait : « Tout ce en quoi Hitler devait exceller ultérieurement, Marcus Garvey le pratiquait déjà au début des années 1920. Il organisait des bataillons de choc qui défilaient en uniforme et faisaient régner l’ordre dans ses meetings, auxquels ils donnaient une tonalité particulière ». Plus tard, James abandonna cette analyse d’avant-guerre, mais son propos n’en évoque pas moins les controverses suscitées à l’époque par le mouvement de Garvey, l’Universal Negro Improvement Association (UNIA). Est-ce que son idéologie en matière de conscience raciale oriente Garvey vers le fascisme ? Ou bien la sympathie qu’il exprimait en faveur des dictateurs européens se fondait-elle sur leurs réalisations pratiques, à l’instar de son enthousiasme pour Napoléon ? Enfin, le leadership militariste de Garvey s’apparentait-il aux techniques des dirigeants fascistes développées en Italie et en Allemagne ?

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« Stokely Carmichael se servait de la population »

À l’époque où des bombes explosaient dans les églises du comté de Lowndes, Stokely Carmichael commença à venir dans le coin[1]. Il était déjà célèbre. Il fut le premier à utiliser l’expression Black Power (« pouvoir noir ») qui devint un cri de bataille du mouvement des droits civiques. Il avait dirigé plusieurs luttes importantes et inspiré de nombreux activistes par sa bravoure et son courage. Personne ne pouvait nier son dévouement et son engagement. Malheureusement, sa philosophie se réduisait à l’idée que « le pouvoir était au bout du canon d’un fusil »[2].

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La « Race » à coup de poing américain

La « Race » à coup de poing américain

Récit à la première personne d’une descente racialiste à Marseille

Si aujourd’hui dans le milieu toujours plus décomposé la norme est au ressenti, à cette dictature latente des affects, des subjectivités émotives, de l’étalage de ses fragilités, de la victimisation et de l’hystérisation de la politique, je me contenterai ici d’un récit factuel qui n’engage que moi-même et ma présence en cette soirée ensoleillée d’automne à Marseille, voici donc quelques cuillères à café de « ressenti » subjectif, pas bio, sans sucre et sans victimes dedans.

« Nous refusons votre course à l’opprimé. »
– Des racialistes inspirés.

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En fait, toutes les personnes « noires » n’ont pas de problème avec les dreadlocks de « blanc »

En fait, toutes les personnes « noires » n’ont pas de problème avec les dreadlocks de « blanc »

Un court journal sur le chaos et le nihilisme de race

« And these rhymes ain’t tight, they’re terrorish
And that girl’s not white, she’s anarchist
And we float like kites to get turbulence
Born with our throats slit
Self stitched raised to aim over it
Soldier with no king
War with the war on me
I am more than this world lets me be »
– P.O.S « Weird Friends (We Don’t Even Live Here) »

Note : Dans ce texte j’utilise des guillemets autour de toutes les catégories et idéologies identitaires (par exemple les personnes « noires » ou « suprématie blanche ») dans le but de remettre en question leur supposée légitimité en tant que vérités universelles plutôt qu’en tant que constructions fictives qui servent le contrôle social.

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Présentation du livre d’Houria Bouteldja : une réactionnaire antisémite à Rennes 2

Présentation du livre d’Houria Bouteldja : une réactionnaire antisémite à Rennes 2

C’est avec une certaine consternation que nous avons appris que le vendredi 5 mai prochain, allait se tenir à la fac de Rennes 2 une présentation du livre « Les blancs, les juifs, et nous » de la porte-parole du Parti des Indigènes de la République, sur invitation du département d’Info-Com, évènement relayé sur la page du comité de mobilisation.

Nous considérons comme très grave la présence dans un lieu de luttes de celle qui incarne et porte le message de la frange la plus réactionnaire du mouvement dit « décolonial », et ce pour les raisons suivantes :

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