
Paul Gilroy
FASCISME NOIR
Transition No. 81/82 (2000), pp. 70-91
(Traduit de l’anglais par Gamal Oya)
En 1938, C.L.R. James écrivait : « Tout ce en quoi Hitler devait exceller ultérieurement, Marcus Garvey le pratiquait déjà au début des années 1920. Il organisait des bataillons de choc qui défilaient en uniforme et faisaient régner l’ordre dans ses meetings, auxquels ils donnaient une tonalité particulière ». Plus tard, James abandonna cette analyse d’avant-guerre, mais son propos n’en évoque pas moins les controverses suscitées à l’époque par le mouvement de Garvey, l’Universal Negro Improvement Association (UNIA). Est-ce que son idéologie en matière de conscience raciale oriente Garvey vers le fascisme ? Ou bien la sympathie qu’il exprimait en faveur des dictateurs européens se fondait-elle sur leurs réalisations pratiques, à l’instar de son enthousiasme pour Napoléon ? Enfin, le leadership militariste de Garvey s’apparentait-il aux techniques des dirigeants fascistes développées en Italie et en Allemagne ?
Il n’est pas dans mon intention d’amoindrir les réalisations extraordinaires de l’UNIA, ni d’ignorer le racisme bien réel des fascistes européens à l’égard des noirs. Je considère néanmoins qu’il existe des affinités entre Garvey et les fascistes et que celles-ci découlent d’un style politique commun. En fait, Garvey lui-même aurait pu souscrire à cette analyse.
Dans un entretien de 1937, il parlait en ces termes du rôle historique de l’UNIA : « Nous avons été les premiers fascistes. Nous avons discipliné des hommes, des femmes et des enfants en formation pour la libération de l’Afrique. Les masses noires ont compris qu’elles pouvaient placer leurs espérances dans ce nationalisme radical et le soutenir sans réserve. Si Mussolini m’a plagié avec le fascisme, les réactionnaires noirs, eux, l’ont saboté. »
L’historien Robert A. Hill a cru percevoir de la « naïveté » dans l’identification de Garvey au fascisme, mais il remarque toutefois que cette identification s’est nourrie de son propre et très explicite antisémitisme. Que Garvey ait réellement inspiré ou pas Mussolini et Hitler, il n’en demeure pas moins significatif qu’il l’ait cru. Bien que cela nous conduise en terrain plus périlleux encore, nous devons également tenir compte des rapports que Garvey put initialement entretenir avec le Ku Klux Klan et autres suprémacistes blancs. Le plus emblématique de ces contacts fut sans doute une rencontre de deux heures entre Garvey et Edward Clarke, Grand Wizard du Klan, à Atlanta en juin 1922. (…)
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